Sortie de stage

Sortie de stage de massage. Toujours le même émerveillement. Le temps qui s’arrête, se pose, la création d’une bulle collective qui permet la connexion à soi. Bulle de bienveillance, d’accueil. Armes déposées derrière la porte et inscription dans l’instant.

Je me déplace entre les couples au sol. Formés par choix volontaire (chacun se choisit) ou choix divin (cartes). Qui se saluent, se créent leur propre bulle, dans laquelle ils seront protégés, dédiés l’un à l’autre le temps du massage. Pour qui chacun sera, dans l’espace de la bulle, la personne la plus importante pour l’autre.

Le temps se pose, calme absolu dans la salle, les mains s’approchent, se posent. La lenteur s’invite dans chaque geste, connexion à l’autre, présence. Un petit rire parfois, fugace, un sourire.

Je reste fasciné par ces moments où la confiance permet l’abandon. Dans un espace où la sécurité n’est plus construite, mais de fait. Parce que soudain, parfois, il n’est plus nécessaire de paraitre, d’être en adéquation, mais d’oser être. Simplement. Ou l’extérieur n’existe plus au profit de ce qui se vit là, au plus profond de chacun, par la seule magie du contact, du geste. Ce moment où la main devient plus que ce qu’elle est au quotidien, la main comme passeuse d’âme…

Je regarde le mouvement des corps, cette danse à deux de qui construit l’espace, ce mouvement doux dans lequel se lit le ressenti auquel chacun se connecte. Basculement des hanches, léger mouvement du dos, frémissement de la peau, sourire qui erre sur les visages, crispation momentanée des doigts sous l’effet d’un affect soudain traversé. Parce que surprenant, parce qu’inattendu. Parce que chacun, pour une fois, est à l’écoute de soi, de son corps. Pour une fois. Moment si rare. Voyage de découverte, exploration au long cours de son intime, yeux intérieurs grands ouverts sur la traversée de cette vallée, sur le dessin de ce promontoire, sur l’arrondi de cette jambe avec qui le dialogue s’établit. Les étoiles s’invitent. Spatialisation des ressentis, des gestes, qui peuvent prendre, parfois, soudain, leur exacte place. Focalisation sur le plaisir révélé par le passage de la main sur cette zone infime que l’on découvre réactive. A la fois belle et réactive.

Errance riche dans la densité de l’écoute.


Bruno Deck - 03 mai 2019

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