Macare

« Le Grand Mort » (auteurs Régis Loisel, Jean-Blaise Djian, Vincent Mallié) est une BD sur la destruction du Grand Monde (le nôtre) en vue de sauvegarder le Petit Monde, pour rétablir l’équilibre global, via l’intervention d’une prêtresse hermaphrodite, appelée Macare, issue du Petit Monde. Le Petit Monde vit en symbiose avec la Nature, le Grand Monde vit contre la Nature. Les deux mondes vivent en parallèle et en interaction.

Macare s’inquiète de la dérive violente du Grand Monde et va agir en disposant dans chaque monde un enfant, en jouant sur son double statut d’homme capable de féconder, et de femme capable d’engendrer. Il / Elle (iel) va être à l’origine de chacune des deux naissances:

· Mère d'un garçon, fécondée par un homme du Grand Monde, enfant né dans le Petit Monde.

· Père d'une fille, engendrée par une femme du Grand Monde, enfant né dans le Grand Monde.

Deux enfants, donc, dont l’une, dans le Grand Monde, assistée de son frère resté dans le Petit Monde, va noyer la Terre dans le chaos. Objectif : Réguler les déséquilibres engendrés par l’homme pour revenir à un état d’équilibre naturel. Considérons cette métaphore du Petit Monde par rapport au Grand Monde comme métaphore de la Vie qui s’invite, respectueuse, en opposition à la Vie qui écrase.

Macare est femme et homme à la fois. Il/Elle (iel) n’est pas Yang ou Yin, avec prééminence de l’un des deux, mais Yang ET Yin. En tant que tel/telle, iel agit pour la préservation de la Vie, de façon globale, en vue de rétablir l’Equilibre, même si cela doit se faire de façon radicale : La Vie prévaut sur la destruction. Iel ne s’inscrit pas dans un dualisme, mais porte cet équilibre en lui/elle. Transposé à nous, qu’est-ce que cela signifie ?

Toute notre culture est inscrite dans une dichotomie principe masculin / principe féminin. La dichotomie étant un process de division de qqch en deux entités qu’on oppose nettement. Si l’on pose :

- Que nous sommes par essence intrinsèquement unitaires, c’est-à-dire inscrits dans une double dimension définie aujourd’hui comme yin et yang, avec dynamiques parfaitement entrelacées, en équilibre, sans prise de pouvoir de l’une sur l’autre.

- Mais que l’évolution de l’Humanité, comme de la Vie sur terre, a conduit à séparer ces deux principes, pour qu’ils se complémentent, la co-création supposant deux entités qui s’accouplent pour donner la vie.

On doit constater que ce process de dissociation s’est toujours traduit dans une démarche d’opposition, qui conduit au résultat que l’on voit tous les jours dans nos sociétés. Avec prééminence violente d’un genre sur l’autre, ignorance des genres autres que majoritaires, tensions quotidiennes et comportements aussi caricaturaux que dévastateurs.

Notre salut ne peut venir que du retour à un état d’équilibre, que l’on travaille dans le Tantra, avec l’acceptation totale de notre double essence yin/yang, même en respectant partiellement l’attribution du genre anatomique dans laquelle la Nature nous a inscrit en vue de reproduction de l’espèce. Je dis partiellement car il n’y a aucune obligation pour quiconque de s’inscrire ex abrupto dans ce schéma suggéré par la Nature. La Nature ayant de fait prévu une part de libre-arbitre propre à chacun. Acceptant notre double nature, nous sortons du schisme « obligation d’opposition partielle des genres (pour reproduction) » / « identification obligatoire au modèle culturel construit de toutes pièces sur cette différentiation physique », avec ce que cela comporte comme dérives comportementales.

En clair, n’associons, ne conditionnons pas notre équilibre interne yin yang, féminin-masculin, à une projection culturelle dédiée de genre, cette dernière étant liée, à la base, à une simple exigence biologique. Sachons connecter cet équilibre, comme condition sine qua non d’un équilibre à plus grande échelle, et le projeter comme élément d’apaisement sur le Monde. Et vivons notre féminin-masculin, masculin-féminin de façon parfaitement apaisée.


Bruno Deck - le 02 Aout 2019

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