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Le temps du massage

Corps nu, allongé devant moi. Sur le dos. Huilé de bas en haut. Moi, sur le côté. Je le regarde, la regarde. Centrage. Le temps est posé, calme, musique douce. Quelques bougies. Mes assises sont bonnes, dos équilibré, le corps aligné, prêt à danser. Je regarde cette shakti devant moi. Bras pour le moment serrés le long du corps, jambes jointes, respiration lente, yeux fermés, léger sourire qui flotte…. Elle attend, son ventre animé d’une très légère houle… Inspiration, je lève doucement les mains, les fais voler qq secondes, les stabilise au dessus de son corps, lentement, soucoupes bienveillantes qui connectent et calment, puis se posent. L’une entre nombril et pubis, l’autre plus haut, sous le sein gauche. O temps, suspend ce vol, tu n’as momentanément plus d’importance… Un coup d’œil circulaire, mes mains se connectent, et elles partent lentement, simultanément. Mouvement enveloppant pour l’une, qui esquisse sa danse sous l’œil du nombril, doucement, en cercles serrés d’abord, puis plus larges et posés; l’autre se cherche, écoute, sonde de sa paume ce qui vibre dessous. Puis descend doucement, vient se lover contre la première, dont elle épouse le mouvement de galaxie, rotation douce et lente. Mouvements à l’unisson, les deux mains tournent maintenant, assujetties l’une à l’autre, elles tournent et le monde se met en branle. La peau se plisse doucement, et sur sa surface, naissent des ondes, qui disent l’appui, la pression douce, qui disent la souplesse, la résonance avec le mouvement, la connection. Mes mains dansent, et danse avec elle le monde. Les nuages s’enroulent en spirale, la pièce tangue, le futon se fait bateau. Appuyé à la bôme, la creux de la voile dans mon dos, je ressens en moi la vibration légère des espars, des haubans qui réagissent, je sens le vent qui invite, ce ventre qui pulse doucement, je sens ce mouvement qui s’enroule en lui-même, ce cercle qui me guide et m’appelle. Quand toute mon âme et tout mon corps dansent avec lui, il explose, diffracte, et mes mains partent à l’opposé l’une de l’autre. Fesses à demi levées, légèrement basculé en avant, je les accompagne où elles me mènent, grandes arabesques posées, qui parcourent torse et jambes, mouvement fluide et rapide. L’espace s’invite dans la danse, et celle-ci jouit d’elle-même, de sa liberté, quelques secondes. Avant de poser une ponctuation, rapide, un soupir qui désamorce, casse l’erre, arrête mes mains. Qui ne bougent plus, se posent, écoutent. Puis, la musique reprend, adagio, andantino et tout repart, mon corps suit, épouse le mouvement, glissement lent en surface, densité et pressions sur le fond…. Le massage cherche sa musique, sa rythmique… Son corps vibre et se soulève, et mes mains trouvent naturellement le sillon infime qui en parcourt toute la surface. Aussi délicatement qu’un saphir, elles l’empruntent en confiance, et lancent cette mélodie douce que plus rien ne peut perturber….


Bruno DECK - 07 février 2018