La tentation de la grâce

Nous vivons blottis au sein de nos cocons, qui nous protègent, nous isolent. Nous nourrissent aussi. Cocons flottant dans l’espace, à distance les uns des autres, en contact parfois, s’intriquant aussi.

Parfois.

Le déroulé de nos jours se déploie dans ces cocons. Dense. Construit. A déconstruire. Peut être.

Insuffisamment connectés, nous goûtons le Monde autour de nous de façon partielle. Comme les taches noires sur la robe d’une vache. A distance l’une de l’autre. Notre rapport à l’autre, notre rapport à nous-même, l’écho que fait battre la vie en nous, tout nous paraît, nous parvient, atténué, trié, prédigéré peut être, avant même que nous ayons eu la liberté de nous poser la question, d’aller à la rencontre de, bras et cœur ouverts.

La trame de ce cocon est dense. Il est notre ampoule de vie, notre tuteur. Notre carcan aussi. Mais il nous permet aussi, possiblement, de chenille devenir papillon, de nymphe naître libellule. Si l’occasion nous en est donnée, si nous le souhaitons. Il nous ouvre le chemin de cette potentialité. Celle-ci s’offre à nous comme un rayon de lumière qui passe à travers la trame, exprimant la possibilité d’autre chose. L’attractivité d’autre chose. L’élan possible. L’ouverture à.

Parce que notre espace est infini. Il est chatoyant, il brille, moins limité que nous ne le supposons. Dans cet espace peut se déployer l’intention, la pensée, le désir du geste. La main qui pivote sur l’articulation du poignet, le bras qui se déploie, s’enroule, le sourire qui fleurit, la conscience du corps qui se dévoile, de la peau qui goûte, s’ouvre à la Vie. Le frémissement clair de qui se trouve devant l’eau qui court. Et l’envie, soudaine, de s’inscrire dans la danse.

Parce qu'au cœur de cette danse, se love la tentation de la grâce.


Bruno Deck - le 08 aout 2019

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