La route de soi

J’ai rarement entendu qqch d’aussi beau que « La Fontaine de Bakhtchisaraï », poème écrit par Pouchkine en 1824. Et pourtant, la lecture de ce poème était en russe, langue que je ne connais pas. Je me suis immergé dans ces mots, la voix de cette amie kirghize au téléphone ne parlait plus à mes oreilles, elle me parlait ailleurs et je vivais ce poème au plus profond de moi. L’espace en était liquide, mouvant, doux. Comme une bulle placentaire.

Golshifteh Farahani, actrice iranienne invitée chez Augustin Trapenard sur Inter il y a quelques jours, a fait écho à ce ressenti. Elle racontait qu’elle pouvait jouer dans toutes les langues, même celles qu’elle ne connait pas. En expliquant que l’exercice est intéressant parce que lorsqu’elle joue en phonétique (facile pour elle car oreille musicale), elle touche à sa liberté de jeu car son esprit est, à ce moment-là, complètement perdu. Liberté.

Ces deux-là parlent de musique avant tout. Qui transcende et dépasse. Qui créée sur ses portées des passages, des croches, des accroches, des sauts de carpe, des sentiers cachés, des fulgurances, des connexions… A emprunter ou pas.

Ce qui m’amène à la musique du massage, bien sûr tantrique. Son inscription dans la scansion douce du geste, le silence des mots. Danser ce silence. Lentement, dans l’écoute de soi. Oser inscrire ses arabesques dans l’espace, inventer cet espace par son mouvement. Et le poser à la frontière de l’immobile. Comme en suspension, en équilibre. Glisser dans ce qui appelle, oser lâcher, écouter, pour effleurer de son corps, de son cœur, sa liberté.

La Route de la Soie, développée deux siècles avant notre ère, tire son nom de la marchandise la plus précieuse, la plus délicate, qui y transitait. L’association d’idée est facile, et je m’en excuse, mais dans cet espace protégé du massage, laissons-nous emporter au long de la Route de Soi, toute aussi délicate, propre à chacun(e). A chacun(e) son sentier, son chemin, ses doubles croches et ses soupirs. Composer sous l’action des mains, dans la connexion, sa mélodie à soi… Et aller vers son silence intérieur, pour mieux s'écouter...

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