Il est tard...

Il est tard, 23h00 peut-être. Petit écrit du soir. Je lis régulièrement des textes sur cette connexion au Divin qui est en nous. Soit. Je sais qu’il est là. Aucun doute, je le vois. Mais souvent au fond. Encagé, maltraité, formaté par les diktats, qui aimeraient bien son expression plus géométrique, plus dans la norme, plus dans ce qu’on attend de lui, de ce que la société, la religion, la bienséance, la famille, les codes de ce qu’être un homme, une femme exigent. De ce que le voisin exige, le quartier, la communauté.

Sortir de ce feuilleté de normes de tous poils est un combat. Ou un abandon. Permettre à sa nature propre, à son divin, de se connecter à soi, pour soi, à sa vérité, si tant est que ce mot ait un sens, est un voyage dans le temps. Ou l’instant. Accepter sa différence, et même, plutôt que le terme ‘différence’, qui suppose un étalon de comparaison, accepter son expression propre. Que celle-ci passe par un critère physique (ventre relâché, stature voutée, maigreur extrême, taille noyée ou épaules tombantes… Ou encore beauté éclatante, plus normative, mais qui génère aussi son lot de contraintes, parfois lourdes…), une énergie, un caractère (engagé, timide, …), une sociabilité, une orientation sexuelle épinglée sur l’éventail des genres, … Accepter son expression propre et reprendre Pierre Perret il y a presque 50 ans avec « Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux / regardez les s’envoler, c’est beau » … Nous sommes tous à la fois l’oiseau qui chante et la cage qui l’enserre. Conditionnés à la créer et l’entretenir.

Dans ce tohu-bohu, l’approche tantrique est une approche de bienveillance, d’accueil de soi, une approche d’amour. La norme est priée de rester à l’entrée, et l’espace, l’écoute de l’espace la remplace. L’écoute de soi, de l’autre, un accueil bras grands ouverts, dans le cœur, dans l’expression qui est la nôtre, propre à chacun. J’ai par-dessus tout envie de faire émerger ce divin, cette fragilité, cette subtilité d’expression avec laquelle nous naissons tous. Cette subtilité de ressentis. Cette grâce. De mettre les chevalets de la pensée, les carcans de la projection, les masques du formatage et tous autres instruments de torture de côté pour regarder ce qui est, grandir. Simplement grandir. S'épanouir. Fleurir. Pour faire vibrer le sacré, cette fleur fragile qui est en nous.

Quelle image trouver pour illustrer ce processus d’ouverture à soi ? Dans the Taste of Tea, film japonais de 2004, la petite Sachiko, huit ans, aimerait faire disparaître son double géant qui semble la surveiller derrière son dos. A cette fin, elle va essayer, régulièrement, de faire un tour sur une barre fixe, parce que cette technique a déjà réussi à son oncle. Le jour où elle réussit, sa joie est telle qu’elle s’exprime sous la forme d’une fleur, mais ce n’est pas une fleur fragile. C’est une fleur qui grossit, grossit jusqu’à l’englober, englober la Terre, les étoiles, l’Univers, la déborder de partout, pour la redéposer là où elle était, identique à avant et pourtant totalement différente.

Par le massage, je vous invite à venir vous faire déborder par votre fleur.


Bruno DECK - 25 avril 2019

© 2019 tous droits réservés - Bruno Deck